Deuxième génération, de Michel Kichka

Intégrale T2 (T3 et T4)

J’ai découvert Deuxième génération de Michel Kichka en visitant l’exposition “Shoah et bande dessinée” organisée par le Mémorial à Paris, exposition dont je vous ai déjà parlé sur ce site puisque Crimes de papier, BD que j’ai publiée en 2012, en fait également partie.

J’ai lu Deuxième génération d’une traite. Dans ce récit autobiographique, l’auteur raconte sa relation avec son père, ancien déporté, et la difficulté de se construire lorsqu’on grandit dans l’ombre de personnes marquées par la Shoah.

Le sujet a longtemps été tabou. Parce qu’il est extrêmement difficile, pour un enfant de survivant, de faire entendre sa voix lorsque ses parents sont revenus traumatisés des camps. Michel Kichka décrit très bien cette surdité émotionnelle de certains survivants et le manque cruel d’empathie à l’égard de leur entourage.

Il alterne pour cela entre des moments poignants et des moments très drôles. On rit beaucoup, malgré la dureté des faits et l’on comprend bien vite que c’est cet humour juif, ashkénaze même, qui devient l’ultime ressource pour échapper à la conscience omniprésente du désastre.

Car le mal est toujours là. Il continue de ronger le père de Michel Kichka, puis ses enfants. L’art, l’écriture, deviennent alors les seules échappatoires possibles, forme de catharsis pour apprendre à vivre avec un passé terriblement pesant.

J’ai beaucoup ri en lisant certains passages, notamment lorsque le fils demande au père s’il a aimé Si cet un homme, de Primo Levi :

“Au fait, tu ne m’as pas dit si tu as aimé Primo Levi!

_ C’est bien écrit, mais il n’a passé qu’un an à Buna comme chimiste.

_ N’empêche que son livre est une réflexion philosophique passionnante, écrite sur le vif en 1945.

_ Mais il n’a pas souffert autant que moi. Tu m’as mis un peu de lait?”

Le dessin, dont le style tout en rondeur inquiétait l’auteur lui-même car il le trouvait trop humoristique pour le sujet, adoucit à mon sens la dureté des faits racontés.

Je ne peux que saluer la démarche courageuse de Michel Kichka qui parvient, avec autant de justesse, à faire entendre la voix de sa génération, avec humour, tendresse et réalisme.

Des planches de Deuxième génération sont exposées au Mémorial jusqu’au 30 octobre. Vous pourrez également y trouver cette bande dessinée parmi d’autres traitant de la shoah.