Quelle stratégie d’envoi pour votre manuscrit?

S’il est important de proposer un texte abouti aux maisons d’édition, il est tout aussi important de concevoir une stratégie de publication.

 

Dans cet article, je vais vous parler de l’envoi des manuscrits, sachant que votre stratégie de publication sera plus large et fera l’objet d’autres articles.

 

Vous êtes sûr(e) de votre manuscrit et vous avez décidé de l’envoyer aux maisons d’édition. Bravo ! Ce n’est pas rien de terminer un texte et cela mérite bien un petit encouragement.

J’ai évoqué dans une vidéo publiée sur ma chaîne youtube de conseil éditorial la nécessité de bien cibler les maisons d’édition adaptées à votre projet de livre. Vous pouvez voir cette vidéo ici : http://johannasebrien.com/cibler-la-bonne-maison-dedition-pour-son-projet/

Une fois que vous avez sélectionné un certain nombre de maisons d’édition, que faire ?

Dans un premier temps, je ne saurais que trop vous recommander de respecter à la lettre les consignes d’envoi éventuellement décrites sur les sites internet des maisons d’édition. Si l’on vous demande d’imprimer votre texte, de le mettre en page d’une certaine façon ou bien d’envoyer un fichier numérique, faites ce qu’on vous demande.

J’ai vu beaucoup d’auteurs rechigner, considérant parfois qu’il s’agissait de « caprices » d’éditeurs. Détrompez-vous, il s’agit tout au plus d’habitudes de travail et si un jour vous êtes amené à lire de nombreux manuscrits en peu de temps, vous comprendrez l’importance d’imprimer un texte et d’avoir une mise en page aérée pour ne pas se fatiguer les yeux. Les écolos m’en voudront peut-être… dans l’idéal, je n’imprime qu’un texte que je suis sûre de vouloir lire dans son intégralité. Autant vous dire, très peu, car l’essentiel des textes qui parviennent aux éditeurs ne sont pas en phase avec leur ligne éditoriale, ce qui permet de faire un premier tri.

Respectez également les consignes de présentation de votre dossier. Si l’on vous demande une biographie, un synopsis et les cinquante premières pages de votre roman, encore une fois, envoyez cela et rien d’autre. Un auteur qui ne tient pas compte des préférences d’un éditeur envoie d’emblée un message à ce dernier, ce qui ne laisse rien présager de bon pour leurs futures relations de travail, relations qui sont amenées à durer plusieurs années étant donné la longueur d’un processus de publication.

Maintenant que votre dossier est prêt, combien de manuscrits allez-vous envoyer et à qui ?

J’aurais tendance à vous conseiller d’en envoyer quatre ou cinq maximum pour commencer, et ce, aux maisons qui ont votre préférence. Car si vous envoyez votre manuscrit à des maisons que vous jugez secondaires et qu’elles l’acceptent, vous vous demanderez si vos maisons d’édition de prédilection ne l’auraient pas également accepté et là, c’est le dilemme : le temps de faire cet envoi, le premier éditeur va s’impatienter et comprendre que vous courez plusieurs lièvres à la fois alors qu’il vous a donné son accord. C’est à éviter pour la suite et surtout, vous prenez le risque de « tout » perdre puisque selon l’expression bien connue, « à courir deux lièvres à la fois, on n’en attrape aucun ».

Visez peut-être également, au cours de ce premier envoi, les maisons qui ont plus de poids économiquement parlant car votre à-valoir sera peut-être plus conséquent. En terme de droits d’auteurs, c’est à peu près la même chose quand on débute (entre 8-10% pour un roman, un roman graphique ou une bande-dessinée).

Ensuite, attendez. Travaillez sur un autre projet pour patienter car ce processus peut-être long. Ceci dit, lorsqu’un projet capte l’attention d’un éditeur ou d’une éditrice, il ou elle vous répondra relativement rapidement. Pour vous donner une moyenne (et cela reste subjectif), cela peut osciller entre une semaine et un mois lorsqu’une maison d’édition est intéressée. Mais tout est possible, je ne vous parle que de mon expérience et de ce que j’ai pu observer depuis une dizaine d’années.

Si vous n’avez aucun retour, je vous conseillerais de revoir votre projet et de vous poser les bonnes questions : est-il abouti ? Devrais-je revoir mon manuscrit ? L’ai-je envoyé aux bonnes maisons d’édition ?

Faites lire votre texte à des personnes de confiance (et expérimentées, dans l’idéal) qui vous donneront leur avis sans complaisance. Cela vous permettra éventuellement de voir des choses qui clochent dans votre texte et qui vous auraient échappées.

Si c’est le cas, retravaillez votre texte et une fois que vous êtes vraiment sûr de sa qualité, faites un second envoi. Puis attendez…

En général, quand on envoie un texte de qualité, on obtient des retours, même s’il s’agit de refus. A ce stade, il convient d’analyser les raisons de ces refus, voire de prendre en compte les suggestions des éditeurs. Ils vous feront parfois des retours circonstanciés et vous aideront à revoir votre projet.

J’ai tendance à croire qu’un livre de qualité réellement terminé finira toujours par trouver sa place dans la maison d’édition adaptée à sa nature.

Vous allez alterner entre des phases d’envoi, de révision de vos textes, d’analyse des retours, en espérant que ce processus aboutisse.

Dites-vous bien que si votre projet intéresse quelqu’un, vous serez contacté(e) relativement rapidement. Rien ne sert, à mon sens, d’attendre six mois. Si un éditeur se manifeste au bout d’un laps de temps aussi long, vous serez peut-être ravi, mais pour ma part, je ne serais pas en confiance avec des partenaires qui mettent aussi longtemps à me répondre. Ce n’est pas forcément bon signe pour la suite, même si là encore, des exceptions sont toujours possibles.

Si au terme de plusieurs séries d’envoi, vous n’avez eu aucun réponse ou vous n’avez eu que des lettres-types (« votre projet ne correspond pas à notre ligne éditoriale… »), laissez votre projet de côté et entamez-en un autre.

Rien n’est perdu. Cela veut peut-être dire qu’il vous faut passer à un autre projet qui aura plus de chances d’être édité. En attendant, vous aurez forcément progressé et gagné en expérience dans le milieu de l’édition, ce qui reste précieux pour la suite.

© Johanna Sebrien, 2020