Ecrire pour se connaître ou se connaître pour écrire

Lorsqu’on souhaite écrire, qu’il s’agisse de fiction ou de récit autobiographique, on puise forcément dans son vécu, ses impressions, ses souvenirs.

 

L’écriture est un voyage au pays du moi, en quelque sorte. Je vous renvoie à la préface des Contemplations de Victor Hugo ou à l’œuvre de Proust pour des exemples concrets d’œuvres allant explicitement puiser dans le « moi » de leur auteur.

 

Ce qui est fascinant avec l’écriture, c’est qu’elle nous permet de retourner dans le passé, de mieux vivre l’instant présent et de nous projeter dans le futur. Lorsqu’on écrit, le présent se densifie au point de disparaître pour laisser place à un sentiment de plénitude. A travers nos personnages, on convoque, parfois sans s’en rendre compte, des moments vécus du passé, qui ressurgissent sous une autre forme. En écrivant une scène particulière, vous réaliserez peut-être après coup que votre personnage vient de vivre un moment que vous avez vécu, d’une autre façon, avec d’autres personnes. Mais au fond, les émotions restent les mêmes et l’écriture vous les fait revivre.

 

C’est là toute la magie du processus qui s’apparente bien à un voyage émotionnel et permet la prise de conscience de notre vécu. Les émotions réveillées par l’écriture peuvent être pénibles ou bienfaisantes, selon ce qu’on écrit (c’est l’une des raisons qui explique à mon sens que l’écriture peut faire peur, ce dont je vous parle dans cette vidéo : Pourquoi a-t-on peur d’écrire?). Dans tous les cas, l’écriture d’un roman ou d’un scénario peut s’avérer thérapeutique car elle fait ressortir des blessures et nous permet de les guérir une fois qu’elles ont été « entendues », autrement dit, conscientisées et sublimées par la création artistique (sur ce sujet, vous pouvez lire aussi : Points forts et difficultés de l’autobiographie).

 

L’écriture permet à la fois de se connaître tout comme elle requiert une connaissance de soi minimale. Comment écrire, en effet, lorsqu’on ne sait pas ce qui nous tient à cœur, quel genre d’histoire on veut raconter, quelles émotions on veut convoquer ? Dans un autre article, je vous conseille d’ailleurs d’écrire sur ce qui vous passionne si vous souhaitez que vos textes sentent le vécu : Ecrire sur ce qui nous passionne.

 

Ce qui est intéressant, c’est de voir que tout type d’activité favorise la connaissance de soi et rejaillit sur l’écriture. Si vous faites de la boxe, vous réaliserez certaines choses sur vous-mêmes et votre écriture ne sera plus vraiment la même.

 

Il y a une interaction permanente entre la connaissance qu’on a de soi et le processus d’écriture. Quel que soit le vecteur de connaissance, ce qui me paraît important, c’est d’oser prendre ce chemin, d’aller vers soi-même (sur ce sujet, voir l’article Ecrivez des textes qui vous ressemblent ). Non seulement vous écrirez mieux, mais vous serez aussi mieux connectés aux autres.

 

Lorsque j’ai commencé à écrire des romans humoristiques, j’avais oublié à quel point j’aimais l’humour et je ne savais pas que c’était le genre qui me convenait le mieux (si l’humour vous intéresse, lisez cet article : Comment injecter de l’humour dans ses textes?) . Cette prise de conscience a eu un très fort impact sur ma vie,  non seulement au quotidien en renforçant ma joie de vivre, mais aussi pour des choix de vie plus importants. Je me suis en effet installée à la campagne afin de consolider ce bien-être retrouvé.

 

On ne mesure pas toujours tout de suite l’impact du processus d’écriture. Cela ne veut pas dire qu’il n’est pas réel. Il faut du temps, comme toujours. Tout comme il en faut pour se connaître vraiment, savoir ce que l’on veut et ce dont on ne veut plus.

 

Le processus d’écriture vous permettra de mieux vous connaître. Peu à peu, vous saurez si vous préférez écrire des poèmes, des romans, des scénarios. Vous saurez si vous aimez écrire des thrillers, des polars ou d’autres genres. Vous n’aurez qu’à continuer sur ce chemin autant que vous vous y sentez bien. Et partager le fruit de votre travail avec vos lecteurs. Je vous le souhaite !

 

© Johanna Sebrien, 2020