Points forts et difficultés de l’autobiographie

 

L’autobiographie est un genre assez prisé en France, surtout par des auteurs débutants. On dit que chacun porte au moins un livre en soi, celui qui raconte notre histoire, notre vécu. Raconter des événements de sa vie à travers un roman autobiographique n’a pourtant rien d’évident et selon moi, il est même plus difficile d’écrire une autobiographie qu’une fiction.

Quels sont les points forts du récit autobiographique ? Quelles sont les difficultés du genre ?

 

  1. Les points forts de l’autobiographie

 

  • Un récit authentique et vrai

 

Beaucoup de lecteurs sont à la recherche de récits de vie. Souvent, ces récits se focalisent sur une problématique particulière : un changement de vie, un parcours professionnel, un engagement politique, un événement intime, etc. Ces récits assez ciblés permettent une identification très forte, pour autant que le lecteur soit concerné par la problématique du livre. Lorsque c’est le cas, l’effet miroir peut être puissant et permettre au lecteur de comprendre beaucoup de choses sur lui-même, voire d’évoluer, et ce, grâce au récit d’une expérience similaire à la sienne. C’est, à mon sens, l’un des principaux attraits du genre. Les lecteurs veulent des récits authentiques qui peuvent faire écho avec leur propre expérience, sans se dire qu’il s’agit de fiction et donc, d’une histoire qui n’existerait pas dans la vraie vie.

 

  • Un récit libérateur

 

Pour l’auteur (et sans doute aussi pour le lecteur), le récit autobiographique peut avoir des vertus libératrices, voire thérapeutiques. En écrivant sur soi, l’auteur prend conscience du véritable impact qu’ont eu certains événements de sa vie sur son développement, sur ses valeurs, etc (sur ce sujet, vous pouvez lire l’article Ecrire pour se connaître ou se connaître pour écrire). Cette mise à distance est salvatrice en elle-même. L’écriture a ce pouvoir de guérison. A partir du moment où l’on raconte ce qu’on a vécu, une transformation s’opère en nous. Et pour le mieux, le plus souvent. Je crois qu’il s’agit là d’un des principaux attraits de l’autobiographie pour des auteurs qui souhaitent, bien souvent, favoriser leur auto-guérison à travers l’écriture.

 

  • L’accès à l’intime

 

Les récits autobiographiques sont souvent des récits intimistes. C’est le genre dans lequel la pensée introspective s’y épanouit le plus, sans doute. Ce genre permet de raconter des événements que leurs auteurs n’auront peut-être jamais raconté à personne, des événements qui relèvent de l’intime et que le cadre de l’écriture permet de dévoiler. Le roman autobiographique, c’est le lieu où l’on peut cesser de porter un masque social (si tant est qu’on y parvienne, même dans l’écriture). C’est donc un lieu où on peut être pleinement soi-même, sans crainte du jugement de l’autre. Sachant que la publication ramène cette problématique du regard de l’autre sur le devant de la scène (pour voir comment des auteur.e.s publié.e.s gèrent le regard de l’autre, regardez cette vidéo : Comment gérer le regard de l’autre quand on écrit?). Mais au moins, le temps de l’écriture, on est face à soi-même et pour ceux que cette perspective n’effraie pas, c’est réconfortant et cela permet une exploration de soi bien plus poussée que dans d’autres contextes.

 

  1. Les difficultés de l’autobiographie

 

  • Le problème de la distanciation

 

S’il peut paraître simple d’écrire à la première personne, en réalité, il n’en est rien. Le « je » et le genre autobiographique ne permettent pas la même distanciation avec ses personnages ou son narrateur que dans la fiction. Dans le roman autobiographique, l’auteur est très proche de son sujet puisqu’il est son sujet. Il faut prendre du recul sur ce qu’on a vécu, être capable de l’analyser et d’en parler sous la forme d’un roman qu’il va également falloir structurer (j’en parle plus bas). La question du mensonge/vérité se pose d’emblée. Ai-je le droit de tordre la vérité quand je parle d’un événement passé ? Jusqu’à quel point puis-je le faire sans avoir le sentiment de tromper mes lecteurs, voire, de me tromper moi-même ? Comment vont réagir les personnes de mon entourage, par exemple, lorsqu’elles vont lire mon récit ? Ne vais-je pas créer des conflits au sein de ma famille ? Ce sont des questions difficiles auxquelles tout auteur d’un roman autobiographique devra répondre, à un moment ou à un autre.

 

  • L’impact du regard de l’autre sur son vécu

 

Si vous envisagez la publication, vous décidez de rendre public une partie de votre histoire personnelle. Vous devez donc vous attendre à ce que des personnes commentent votre histoire. Il faut être solide pour entendre ces critiques potentielles car vous ne pourrez pas vous dire : « ce que cette personne critique, c’est ma fiction, une histoire inventée ». Les critiques porteront directement sur vous et une partie de votre vécu. Ce n’est pas du tout la même chose. Il faut donc songer aux conséquences que ces commentaires auront sur le regard que vous portez sur vous-même lorsque vous envisagerez la publication. Bien entendu, les retours peuvent être extrêmement positifs et vous aider, par la même occasion. Vous l’aurez compris, c’est à double tranchant (pour en savoir plus sur les qualités à développer si on veut vivre son métier d’auteur.e plus sereinement, c’est ici : 3 qualités à développer pour devenir auteur.e).

 

  • Un récit qui doit être structuré

 

Votre vécu est riche en événements et vous souhaitez les raconter dans un roman? Le roman autobiographique n’échappe pas à la question de la structuration. On peut difficilement, en effet, se contenter de raconter des événements dans leur ordre chronologique, comme si cet ordre allait suffire pour captiver vos lecteurs et finalement, structurer votre récit. Le roman autobiographique doit être structuré un minimum, exactement comme dans la fiction (je parle d’un élément structurel déterminant dans une vidéo sur l’incident déclencheur : L’incident déclencheur, premier jalon du récit). Votre narrateur tend à atteindre un objectif, tout comme un personnage de roman. C’est l’atteinte, ou pas, de cet objectif final qui permettra à votre roman autobiographique de trouver sa résolution. Par exemple, le narrateur peut raconter un deuil. Le roman autobiographique en déroulera les étapes (chronologiquement ou pas) et à la fin du récit, le deuil sera accompli ou pas (résolution). Vous le voyez, il faut structurer un minimum. Je suis d’ailleurs convaincue que pour écrire une bonne autobiographie, il faut connaître les règles de la fiction, ce qui rend ce genre encore plus complexe.

 

Les difficultés mentionnées plus haut ne doivent pas vous empêcher de vous lancer si vous en avez l’envie (sur les peurs liées à l’écriture : Pourquoi a-t-on peur d’écrire?). Soyez-en simplement conscient. Dites-vous que vous n’êtes pas les seuls à y être confrontés. Le roman autobiographique a cette capacité de toucher le lecteur au cœur de son intimité et peut potentiellement l’aider à surmonter beaucoup de choses. Alors n’hésitez plus et écrivez votre histoire si vous en avez l’envie !

 

 

© Johanna Sebrien, 2020